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L'atelier du regard

Espace de partage d'avis et de critiques cinématographiques


Hamnet de Chloé Zhao

Publié le 2 Février 2026, 00:28am

Hamnet de Chloé Zhao

On n’y croit pas : voilà ce qu’on se dit à chaque scène, chaque plan du nouveau film de Chloé Zhao. Pourtant les moyens sont mis : des acteurs qui poussent l’émotion toujours plus loin, des images qui magnifient la nature, dans une représentation pastorale, le tout accompagné d’une musique qui vient ajouter de la grâce et du pathos dans chaque situation. Et c’est bien le problème. Si le cinéma de Zhao n’avait pas vraiment démontré un souci particulier pour la finesse jusque-là, il atteint ici un niveau de lourdeur assez embarrassant.

Adapté du roman du même nom de Maggie O’Farrell, Hamnet retrace la vie du couple Agnes et William Shakespeare marquée par le deuil de leur fils, Hamnet. La démarche est originale et s’inscrit dans un certain courant féministe : le film s’intéresse ainsi moins au grand dramaturge qu’à sa femme. L’œuvre de l’auteur est éclipsée du récit jusqu’à son ultime scène. Le film ne nous montrera pas comment William est devenu Shakespeare, délaissant le personnage dans ses nombreux voyages à Londres où il lance sa carrière théâtrale. Choix intéressant qui permet d’éviter le traditionnel chemin balisé par le biopic. Et pourtant, le film donne cette impression de fausseté inhérente au genre.

Des personnages à leurs interprètes, des décors aux costumes, rien dans Hamnet ne convainc. Les intérieurs de maisons ont allure de pièce d’exposition, la saleté et la boue ne semblent que du vernis ajouté dans un souci de fidélité à l’époque. Car rien ne doit être désagréable à l’œil dans le film, tout doit inspirer beauté et émerveillement. Si un plan s’avère par malheur plus anodin visuellement, il sera tout de suite rattrapé par une musique enivrante qui viendra rappeler au spectateur de verser une larme, l’objectif qui semble sous-tendre chaque scène du film. Zhao pourchasse donc l’anecdotique, traque la banalité. Tout ce qui serait ordinaire est proscrit : on parle tout de même de la famille du plus grand dramaturge de tous les temps !  Les envolées lyriques se succèdent, l’émotion jaillit à chaque scène. Les acteurs s’en donnent à cœur joie : ils rient, ils pleurent, ils crient. Les scènes leur servent de marchepied pour montrer l’étendue de leur talent. Le film sort à point nommé : voilà les oscars dans deux mois.

Dans ce concours de performance, le directeur de la photographie a aussi son mot à dire. Chaque image est raffinée, même les scènes les plus dures du film (l’accouchement, la mort de l’enfant) se parent d’une certaine élégance, éclairées à la bougie. Sur cette surface aussi jolie que lisse, la caméra de Zhao plane, scrutant la moindre émotion chez les personnages qu’elle s’empresse d’exhiber. « Regardez comme c’est beau » semble sans cesse nous marteler la réalisatrice sans nous permettre d’en douter. La beauté est là, elle est partout dans le film et elle est incontestable. Le spectateur n’a plus qu’à s’extasier et verser quelques larmes. Mais le film fait tant d’effort pour nous émouvoir qu’il n’y arrive jamais, il déploie tant de moyens pour paraître beau qu’il ne l’ai dans aucune scène. La dernière d’Hamnet résume en cela assez bien le projet de la réalisatrice et ses nombreuses limites.

Nous voici à la première représentation d’Hamlet au théâtre du Globe. Pièce mythique, lieu historique, le décor est planté. Agnes s’y rend, interpelée par l’usage du prénom de son fils comme titre. Alors qu’elle reproche à son mari de continuer sa vie comme si rien ne s’était passé, elle va découvrir que la pièce est consacrée à son fils et que William y a mis toute sa souffrance et son désespoir. Premier élément qui pose question : voir Hamlet comme un hommage rendu par William Shakespeare à son fils paraît plus que réducteur au regard de la richesse des thèmes abordés dans la pièce. Le film ne mentionne d’ailleurs pas que le metteur en scène s’est inspiré d’une légende scandinave adaptée à plusieurs reprises racontant l’histoire d’un certain Amleth. A priori, pas grand-chose à voir avec le fils. La réalisatrice doit donc s’employer pour rendre crédible cette théorie un peu fumeuse, quitte à mettre de côté dans la pièce tout ce qui ne la validerait pas. Agnes, elle en tout cas, y croit. Les yeux remplis de larmes, elle fixe l’acteur jouant Hamlet, y retrouvant son fils. Elle n’est pas la seule à être saisie, tout le public est hypnotisé devant la scène, tel une foule de croyants devant l’autel. Tous réagissent comme un seul homme à chaque geste, chaque parole d’Hamlet. Les nombreux plans sur les visages stupéfaits des spectateurs sont autant d’appels du pied au public présent dans la salle de cinéma. Aucune initiative ne nous est laissée : la mise en scène ne suppose pas une potentielle beauté que l’on pourrait attraper ou non dans un plan, un geste, un dialogue. Non, elle nous la placarde devant les yeux, attendant qu’on les écarquille. Procédé aussi lourd qu’inefficace qui démontre le peu de confiance que la réalisatrice a en son cinéma. La scène illustre cette volonté qui traverse tout le film de guider les émotions du spectateur. Les dernières minutes s’avèrent assez révélatrices de la démarche de Chloé Zhao : on la reconnaît dans le personnage de Shakespeare, observant en coulisse moins la représentation que les réactions du public. Et pourtant, si elle détournait le regard pour se concentrer sur son film, peut-être se rendrait-elle compte qu’il ne mérite aucun applaudissement.

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